Minimalisme et rangement : quelle est la différence ?
Depuis trop longtemps, minimalisme et rangement sont confondus, comme si trier suffisait à changer notre rapport aux objets. Mais mélanger les deux, c'est faire fausse route. Si dans les deux cas le tri est une action commune, la démarche n'est pas la même, et le but final non plus. Voici pourquoi cette différence change tout.
Parfois il suffit d'une étincelle. Une lecture, une image, une sensation physique ou une envie esthétique. Indépendamment de son origine, le cheminement vers moins suit souvent le même processus, plus ou moins long selon les routes empruntées, mais presque toujours éprouvant à cause des décisions qu'il implique.
J'entends souvent : "tu dois passer ta vie à ranger pour avoir toujours tout en ordre." Ma réponse est invariablement la même : "j'ai moins de choses que vous, et cela change tout."
Le minimalisme : une démarche qui redonne du temps
Le but ultime du minimalisme est de réduire. Pour avoir plus de temps. Temps pour soi, pour ce qu'on aime, pour ceux qu'on aime, pour se sentir mieux. Réduire les possessions, les activités inutiles, les relations anxiogènes. Moins d'éléments non essentiels dans notre vie, plus de temps précieux pour vivre.
Mais si réduire nos activités nous libère du temps, comment les objets peuvent-ils, eux aussi, en prendre ?
Notre société pousse à consommer sans réfléchir, créant des besoins qui ne sont pas les nôtres, mais qui nous semblent nécessaires pour appartenir à un groupe. Au fil des années, on achète et on accumule sans jamais se demander quelle sera la destination finale de l'objet, ni même son utilisation réelle. Jusqu'au jour où, en regardant autour de soi, on réalise qu'on a simplement trop de choses.
On n'évalue pourtant jamais le temps dépensé à chercher ces objets, à les acheter, à leur trouver une place ou à les stocker ailleurs. Apprendre à reconnaître ses besoins réels donne du temps. Accepter que ce qu'on a suffise, donne du temps. Pourquoi passer un après-midi à faire du shopping compulsif pour chasser une mauvaise humeur, quand l'alternative est un thé avec une amie et un vrai moment partagé ?
Le rangement : essentiel, mais secondaire
Ranger est indispensable pour qu'un intérieur soit apaisant, pour qu'on s'y ressource, pour qu'on retrouve ce que l'on cherche rapidement. Le temps, encore une fois.
Trouver une place pour chaque chose, organiser simplement pour s'y retrouver vite, mettre en place un système lisible pour toute la famille. Cela suppose des placards adaptés, des meubles prévus à cet effet, des contenants selon leur fonction, mais pas nécessairement de nouvelles boîtes.
Le rangement n'est en réalité que l'aboutissement de l'épure. Il est plus efficace de n'y réfléchir qu'après un tri sérieux. On aura enfin de la place dans les placards, et trouver la bonne place pour chaque chose deviendra naturel. Ce n'est pas le rangement qui nous fait du bien en soi : c'est de pouvoir le faire vite, et sans effort.
Avant de réfléchir en petit (les objets dans les tiroirs, par exemple) réfléchissons en surface. Ce qui est nécessaire en cuisine va dans la cuisine, le linge de lit dans chaque chambre, les produits dans chaque salle de bains. On limite ainsi les rangements, les déplacements, et le temps consacré à chercher.
Avoir moins implique aussi ranger moins au quotidien. Le ménage prend moins de temps. Les surfaces sont plus faciles à entretenir. Et on retrouve du temps pour autre chose.
Épurer plutôt que ranger : le vrai point de départ
Épurer, trier, désencombrer. Des termes différents pour une même action : supprimer le superflu. Une action à laquelle il faut consacrer du temps, difficile à quantifier, car il dépend du volume d'objets, du rythme qu'on s'accorde, de la vitesse à laquelle on arrive à décider.
Par la suite, on ressentira le besoin d'y revenir par moments, à des périodes spécifiques de la vie. Au fil de ce processus de libération, le besoin de ranger devient secondaire, mais les objets trouvent leur place naturellement. Et avec des placards qui se vident, on finit même par se séparer de certains meubles de rangement, devenus inutiles.
Le minimalisme reste une démarche qui produit un véritable changement de style de vie, dont l'aboutissement visible, la pointe de l'iceberg, est un intérieur apaisant, dans lequel chaque objet rappelle quelque chose de positif, et qu'on prend plaisir à décorer sans le surcharger.
Le rangement, lui, est une action. Nécessaire, mais insuffisante. Si on n'a pas changé ses habitudes de consommation, le résultat ne sera qu'une accumulation organisée, de jolies boîtes, certes, mais toujours trop de choses.
C'est en ayant moins, et en souhaitant avoir moins, qu'on range moins, et qu'on retrouve du temps.
Cette réflexion a récemment refait surface dans une lettre adressée aux abonné.e.s de La Maison Épurée, avec une lecture plus personnelle.

